la ReFeRe

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Quelques considérations sur la construction des wagons...

Les wagons peuplent les voies comme les hirondelles les fils du téléphone
(Pline l'Ancien, Histoires naturelles)

Sous forme de trains roulants, de convois en attente de triage, de rames stationnant en gare, de wagons parqués sur des voies de garage, ces "voitures de voyageurs, ou de marchandises, sur un chemin de fer" (Larousse, 1951) semblent indispensables à toute entreprise de transport par fer et, bien évidemment, à tout réseau microferroviaire. Au modéliste de construire (acheter ?) les wagons nécessaires aux circulations, aux manoeuvres et à l'ambiance des triages, embranchements, ateliers... en fonction du thème général choisi.
Pour ce qui est de la ReFeRe, comme annoncé en page principale, je m'intéresse à une zone d'ateliers de réparation de matériel ferroviaire. On y rencontre donc des wagons disparates (pas de longs trains homogènes), la plupart fatigués (les remises en état trainent ou alors il s'agit d'antiquités à deux essieux à l'usage de la Direction Supérieure de la Voie et des Instalations Fixes - VIF), certains repeints. D'autres wagons livrent des pièces, des panneaux de cette cochonnerie de pseudo-fibrociment (le "concrete", avec lequel on fait tout, ici et même les parois des wagons), emportent les déchets et les éléments irrécupérables et véhiculent le personnel. Le traffic est cahotique autant que cahotant, sur ces anciennes dessertes de carrières et d'usines.

Sur mon réseau à voie très étroite (77,7 cm, rappelons-le), je prévois donc de nombreux wagons divers. Je les construis sur une plateforme du commerce (acquise auprès de revendeurs d'occasions) à l'échelle N (ça colle pile-poil), conseve l'attelage et démonte la superstructure (représentant typiquement un fourgon standard américain), à la place de laquelle je fixe (en conservant la plaque métallique de lest - qui n'est pas en uranium appauvri) une caisse de ma fabrication.

Après avoir dit mon admiration pour tous ceux qui montent des wagons en laiton photodécoupé avec superdétaillage et inscriptions à l'échelle, etc., j'indique ici, à l'intention de ceux qu'un procédé plus simple et moins cher intéresse, comment je procède à base de papier aquarelle et carton fin (plus colle, peinture, un peu de profilé laiton ou plastique). Certes, cela ne fait pas des pièces d'horlogerie hyperfines mais... des wagons (qu'on n'hésitera pas à reprendre, transformer ou même à à remplacer ultérieurement par des unités en matériau plus noble, vu leur prix faible, d'une dizaine d'euros, tout au plus).

Le point de départ est une idée : wagon couvert, plat, porte-ceci, porte-cela, pour voyageurs, bétail ou farine. C'est très mal mais je ne me réfère à aucun modèle vérifiable et ne suis aucun plan (mais j'ai vu, dessiné, revu... pas mal de wagons depuis mes premiers pas de modéliste, où je fabriquais mes fourgons, tombereaux et voitures à compartiment en bristol ou carton à chaussures sur base Jouef plastok...). Chaque pièce est, c'est la règle, parfaitement conforme à un élément du parc de la ReFeRe, forme, poids, détails, usure et même odeur.

Bref, je trace plancher et parois de chic, mais avec une bonne équerre, une réglette précise et un crayon fin, sur... Là, il faut choisir l'épaisseur du carton. Le papier à aquarelle grain très fin de 300 g est l'option moyenne : pas trop épais, un peu souple. Le carton fin se tient mieux mais le modèle risque de passer pour un truc en plastique épais des années 60. Le bristol 150 g convient pour représenter des parois en tôle. Quant au papier à photocopie (80 g), il sert à faire certaines membrures (il est difficile, dans tous ces matériaux, de découper des bandes de moins d'1 mm de largeur et qui ne tire-bouchonnent pas - peindre le carton avant réduit le risque).

Vient la découpe : gros cutter mais lame neuve, sur une plaque à découper, sous une bonne lumière. Puis le ponçage (papier de verre collé sur une baquette ou sur un bout de carton). Puis la peinture d'apprêt (couleur de fond) qui rigidifie l'ensemble. Puis un éventuel reponçage. Puis le collage, bord à bord, carrément (colle Sader rapide, enlèvement de ce qui bave tout de suite, avec une brochette en bois dans les angles...). La caisse prend forme. Je la repeins, lui colle les vitres éventuelles (transparent pour rétroprojecteur), les renforts (certaines parois très ajourées peuvent être doublées à l'intérieur, à ce stade), le toît, les bidules divers comme poignées, mains (laiton dressé de 0,5 mm), aérateurs... Je fignole la peinture, l'éventuel lustrage et la patine (à signaler qu'une fois sèche la 1ère couche d'acrylique, on peut utiliser des jus aussi dilués qu'on veut - et en abondance : rien ne se ramollit).

Deux fourgons potentiels, l'un à 4 roues, l'autre à 2 bogies. Dimensions approximatives : largeur de la caisse : 2, 6 cm ; hauteur : 2,5 (+ 5 mm de toit) ; longueur : 7 cm (pour le long).

Et je colle (bien dans l'axe) sur la plate-forme qui n'attendait que ça pour se sentir wagon parmi les wagons.

La plaque de papier à aquearelle est devenue le wagon ci-contre, blanc et inachevé dans un premier temps (l'ouvrier donne l'échelle et l'impression qu'il a réussi un exploit), vert et trop propre sur la vue suivante. Il s'agit d'un tombereau à guérite interne (bizarre...).

Les cotes ? Je les ai établies au début et essaye de m'y tenir. Ce sont grosso modo celles du H0e. Pour la hauteur des portes et des fenêtres, en cas de doute, je juge en regard d'un bonhomme Preiser.

C'est très petit ! Les usagers et le personnel de la ReFeRe sont (humour local) très habitués à courber l'échine.

Les rivets ? Ah, les rivets... Plusieurs techniques : poinçonner l'envers du papier (300 g et moins) avec une pointe ; déposer une goutte de Sader rapide avec l'extrémité de la brochette (ce qui permet de rajouter des rivets, mais des gros) ; enfin, choisir un style avec peu de rivets ou pas du tout.

Les plaies et les bosses ? Il suffit d'enfoncer les parois avec un outil adéquat (tournevis, manche de pince...), de peindre et repeindre, de poncer, d'érafler avec du gros papier de verre, etc. Le papier de 300 g s'y prête bien, sans qu'il soit besoin de le détremper.

Ci-contre, une benne (mais elle tient toujours...) et un conteneur normalisé (?).

Les inscriptions ? Même problème que pour les maquettes en autre chose... Je n'ai pas de solution miracle pour reproduire des écritures précises peintes à même le wagon.

Un salut final (du même zigoto) devant quelques échantillons de la production locale : couvert et mixte longs (pas tant que ça !) à l'arrière-plan ; plateau et petit fourgon "plein vent" à 2 essieux devant. Le gris, prévu normalement pour transporter un groupe élecrogène et un compresseur, pourrait bien avoir été mis de côté par le personnel pour y installer une cantine, voire un bar...

La fin de l'été 2001 a vu la mise sur rails de nouveaux bâtiments (après tout, ils sont, comme tout ici, en concrete) de la flotte. Même construction, même peinture, même finition. Papier Arches dessin 300g satin, peinture au mini-rouleau avant collage, fixation sur une plate-forme de wagon (éventuellement rallongée)...

Chef d'oeuvre ou, plus modestement, travail de fin d'étude de l'Ecole supérieure de concreturgie ferroviaire, cette longue et svelte voiture de voyageurs à accès central très aéré. S'y croisent des inspirations indiennes et malgaches. S'y manifeste aussi une tendance structurelle certaine à onduler, que la toiture, en attente de pose sur la vue du bas, masquera aux observateurs les plus inattentifs. Saluons l'audace des concepteurs qui comptent sur cette pièce supérieure pour rigidifier l'ensemble et lui permettre de résister au-delà de quelques km/h.

Le véhicule, sur ses bogies, couvert et peint, est visible parqué sur les voies d'une petite gare du bout du monde.

A suivre, plus tard...

Alain Fraval, le 8 octobre 2001


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